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Sarrebruck -

Sarrebruck, ma belle,

Toi et moi n'étions pas amenées à nous rencontrer, et pourtant, tu es parvenue deux fois sur mon chemin. La première fois fut très amusante, un voyage scolaire, une auberge de jeunesse et des copains. On peut aussi ajouter une convocation des parents et la situation est parfaitement résumée. | bourreaux d'enfants

Et puis, je ne sais pas en Terminale, il a fallu faire un choix, celui de l'orientation. A y repenser, je pense que c'est ça et seulement ça qui m'a fait fleurir sur le visage de beaux boutons blancs, qui ne partaient ja-mais. Mais c'est une autre histoire. Alors, j'ai choisi un cursus, un peu au hasard, comme tout ce que j'entreprends dans ma vie. Et dans ce cursus, il fallait partir étudier un an en Sarre, à Sarrebruck.

Me voilà donc, en deuxième année, expulsée de ma douce France, ce doux pays de mon enfance pour apprendre Outre-Rhin, une matière qui ne me plaît, outre mesure. Sarrebruck devient, est devenue la ville de mes vingt ans.

Je t'ai aimée Sarrebruck. Je t'ai aimée d'un drôle d'amour, c'est vrai. Entre rires et pleurs, ivresse et sobriété, amour et haine. Mais ici, j'étais plus libre que jamais.


Flammkuche, la dernière avec lardons
Chez toi, j'ai connu la douceur d'une Radler - plus forte qu'un panaché, mais plus doux qu'une bière. Chez toi, j'ai aussi apprécié l'Hugo, ce vin de sureau pétillant et à 1,39 Euro les 75cl. | étudiants Chez toi, je me suis souvenue des Flammkuche - sans lardons, à la fin de l'année. 

Antoiiiiine? GRIEZMANN
Tes loyers tellement peu élevés ont fait qu'on était presque tous en coloc, dans des appartements énormes. Et du coup, on en a profité. Bien profité. Peut-être trop. Mais on ne profite jamais assez. Les copains n'ont donc jamais été loin et les rattrapages non plus, d'ailleurs. A la fin de l'année, ensemble,  on a suivi la Coupe d'Europe, parés comme jamais de notre beau drapeau tricolore. On a fait trembler le Sankt Johanner Markt avec nos chants, on l'a fait rire avec nos accoutrements. Et puis, le soir de France-Allemagne, le Bier Garten a pleuré. Quinze français contre deux-cent-cinquante allemands. Alors, Sarrebruck, on a fanfaronné, c'est vrai, on ne peut nier, mais on a aussi chanté l'hymne à la joie. | Schumann je t'


Malheureusement, Sarrebruck, tu n'es pas mon pays, tu n'es pas mon Heimat. Alors, certaines choses ont été dures cette année. Des choses futiles au début: la bonne bouffe française de maman et le fromage et la crème et les copains de la musique et les copains tout court et se réveiller dans la campagne.  Et puis, y'a eu des trucs graves, des trucs déchirants, des trucs pour lesquels t'as qu'une envie c'est de repartir et d'être entourée, comme le soir du 13 novembre, le 14 juillet ou encore le jour du meurtre du prêtre. J'ai tout vécu chez toi. Et c'était dur. C'était même étrange comme sentiment. Tu es français, tu sais que ton Peuple vit des choses horribles, tu voudrais être debout, avec lui, chez lui, chez toi, chez vous, mais tu es de l'autre côté de la frontière. Ils sont ensemble, des millions à se serrer dans les bras, à s'aimer, à se dire que ce n'est pas possible, qu'un jour ça s'arrêtera. Nous, nous étions vingt.  

Mais malgré ca, Sarrebruck, merci pour ton hospitalité. C'était une chouette année.

Isaurement tienne.






Isaure La Perruche

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